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Laforest, Guy. « L'Existence et la souveraineté du peuple », Le Devoir, 26 mai 1995, p. A-10

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L'existence et la souveraineté du peuple

Le Devoir 26 mai 1995 Guy Laforest | Page 10

Extrait

Dans un mémoire soumis à la commission régionale de Chaudière-Appalaches (1), M. Luc Archambault – un créateur et l’un de nos meilleurs peintres -, invite les souverainistes à remettre de l’ordre dans leurs priorités. Leur principal objectif, depuis 30 ans, a été et demeure la souveraineté de l’État du Québec. Jusqu’à présent, ils ne seront pas parvenus à convaincre une majorité de la population. J’ajouterais tout de suite qu’ils n’y parviendront jamais s’ils n’écoutent pas des arguments semblables à ceux de M. Archambault. Inattaquable, la logique de ce dernier recèle des implications stratégiques importantes.

Celles et ceux qui militent en faveur de la souveraineté de l’État du Québec croient d’abord en l’existence du peuple québécois, peuple auquel ils attribuent la souveraineté. Les Québécois, iront en référendum parce que le peuple est souverain. L’autonomie d’une communauté de délibération et d’action – la souveraineté du peuple – passe avant celle de l’État. Dans notre société, beaucoup de gens qui hésitent encore à pencher du côté de la souveraineté de l’État québécois, croient néanmoins en l’existence d’un peuple souverain, au Québec. Allez dire à Mario Dumont et aux électeurs de l’Action démocratique que le peuple québécois n’est pas souverain. Allez dire à au moins une bonne majorité de l’électorat libéral que le peuple québécois n’existe pas. Pourtant, et sur ce point la démarche de M. Archambault rejoint la mienne, l’esprit de la réforme constitutionnelle de 1982 est limpide comme le cristal non seulement le peuple québécois n’est pas souverain mais, en plus, il n’existe pas. Les « Québécois » ne sont que des Canadiens comme les autres, vivant accidentellement sur le territoire de la province de Québec, qui jouiraient des mêmes droits – c’est l’ode à l’uniformité de M. Trudeau – s’ils déménageaient dans une autre province.

Le projet référendaire serait vraiment rassembleur s’il permettait à une bonne majorité de la population d’affirmer une fois pour toutes l’existence et la souveraineté du peuple québécois, de la communauté politique québécoise. Luc Archambault pense qu’au lendemain d’un tel référendum, tous les députés québécois à Ottawa devraient être invités à l’Assemblée nationale pour proclamer avec leurs collègues l’existence et la souveraineté du peuple québécois. Un tel débat forcerait M. Chrétien à montrer ses vraies couleurs. Réconciliable avec l’idée d’une fédération pluraliste, l’existence du peuple québécois n’est pas possible dans les catégories de la normalité canadienne.

Affirmer l’existence et la souveraineté du peuple québécois. Je parie que nous sommes prêts pour cette idée enthousiasmante.

 

(1)

Mémoire déposé à la Commission régionale de Chaudière-Appalaches de la Commission nationale sur l'avenir du Québec lancée par Jacques Parizeau en 1994 en citant les 3 premiers mots de la Constitution des États-Unis « NOUS, Le Peuple... ». La Commission a tenu ses travaux du 6 février au 19 avril 1995.

Version augmenté du mémoire par Luc Archambault, avec la participation de Guy Laforest

Via google-docs

Nous sommes un Peuple 1997 09 08-2005 04 06-2009 11 24-IL-I-

Un essais qu'a refusé de publier Québec Amérique... maison d'édition du récent livre de Guy Laforest...

 
19 ans plus tard...

Le Devoir | 2014 08 23 | Marco Fortier | Jeux de pouvoir Québec-Ottawa - Les Québécois «exilés» dans le Canada

« À 59 ans, j’ai un sentiment d’urgence que je n’avais pas à 30 ou 40 ans. À mon âge, tu ne peux pas être juste idéaliste, t’essayes de te connecter à des idées réalistes, qui peuvent se réaliser sur l’horizon des 20 prochaines années »

Il faudrait que Le Peuple Souverain du Québec ACCEPTE la NÉGATION de sa souveraineté de Peuple démocratique parce que Guy Larorest n'a plus 40 ans... !? VRAIMENT !? 

J'ai 60 ans... et pas question pour moi d'être idéaliste... Je suis un pragmatique conséquent, qui refuse de croire que ce peuple accepte de vivre dans un État qui NIE la primauté démocratique de sa Souveraineté de Peuple démocratique. L'urgence est prégnante et ce pourquoi il est urgent d'être congruent...

La DÉMOCRATIE à géométrie variable selon Guy Laforest et Lucien Bouchard... très peu pour moi...

Guy Laforest en 1995 parle de DÉMOCRATIE et de RESPECT de l'EXISTENCE et de la SOUVERAINETÉ du Peuple... il est aujourd'hui devenu partisan de la DICTATURE d'OCCUPATION AUTOCRATE canadian !? Comme quoi l'horizon de 20 ans est BOUCHÉ !

S'il avait raison en 1995, pourquoi aurait-il raison aujourd'hui de ne pas respecter « l'inattaquable » logique démocratique ? Et s'il a raison aujourd'hui, quand est-ce qu'il erre ? Aujourd'hui ou en 1995 ?

Voir aussi l'article de Louis Cornellier

Le Devoir | 2014 09 13 | Louis Cornellier | Le désespoir surmonté de Guy Laforest | ( ici-bas )

 

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Le Devoir | 2014 08 23 | Marco Fortier | Jeux de pouvoir Québec-Ottawa - Les Québécois «exilés» dans le Canada

 

 

 

 

Jeux de pouvoir Québec-Ottawa

Les Québécois «exilés» dans le Canada

Sans indépendance à l’horizon, le Québec peut-il prendre sa place dans la fédération?

 

 

 

 

23 août 2014 |Marco Fortier | Québec
 

Le politologue Guy Laforest partage le point de vue de Lucien Bouchard. Le professeur de l’Université Laval était un des intellectuels les plus engagés pour le Oui au référendum de 1995. Deux décennies plus tard, il affirme que le Québec doit recommencer à se battre pour s’épanouir dans le Canada. Le rêve de la souveraineté paraît trop lointain pour qu’il ait envie d’y consacrer ses énergies.

« À 59 ans, j’ai un sentiment d’urgence que je n’avais pas à 30 ou 40 ans. À mon âge, tu ne peux pas être juste idéaliste, t’essayes de te connecter à des idées réalistes, qui peuvent se réaliser sur l’horizon des 20 prochaines années », affirme Guy Laforest dans une entrevue téléphonique avec Le Devoir.

Le professeur doit publier dans les prochains jours Un Québec exilé dans la fédération,un essai qui offre une porte de sortie au cul-de-sac politique actuel. Le Québec fait du surplace depuis l’échec du référendum de 1995, déplore Guy Laforest. « On ne part pas du Canada, mais on ne participe pas. Je pense que ça a des conséquences désastreuses pour le Québec », dit-il.

Les Québécois assistent en spectateurs au match politique à Ottawa. Ils n’ont jamais été aussi peu présents dans les cercles du pouvoir fédéral, constate le professeur. Ottawa leur rend la pareille : le Québec ne figure plus sur l’écran radar du Canada. Et les gouvernements successifs à Québec ont échoué à proposer des revendications attrayantes pour les électeurs.

« Comme pas mal d’autres personnes au Québec, sur les plans de l’identité politique et de l’appartenance, je ne suis pas un citoyen heureux dans le Canada de la Charte », écrit Guy Laforest.

« L’expression “exil intérieur” décrit très bien le fondement de ma pensée. Car un exilé de l’intérieur, c’est quelqu’un qui se sent inconfortable, qui vit comme un étranger au sein de son propre pays », ajoute-t-il.

Un projet fou: de l’ambition

Le gouvernement Couillard doit « prendre le leadership » pour redonner une voix à la nation québécoise dans le Canada, croit le politologue. Il est fou, Guy Laforest : il ose même affirmer qu’il faut rouvrir la Constitution pour répondre aux aspirations du Québec. Il brise un tabou. Aucun politicien, à Ottawa ou à Québec, n’a osé toucher à ce panier de crabes depuis le soir du 30 octobre 1995.« Ceux qui veulent mettre fin une fois pour toutes aux “chicanes politico-constitutionnelles” négligent le fait que la vie politique sera toujours affaire de dialogues et de débats pouvant déboucher sur des affrontements. Toutefois, ces changements auraient pour effet de guérir une blessure et de redonner confiance dans le droit et dans les institutions canadiennes », écrit-il.  

Il y a moyen de réviser la Constitution sans en faire un drame national, selon Guy Laforest. Même si sept provinces représentant 50 % de la population, plus les deux Chambres du Parlement fédéral, doivent approuver tout changement à ce texte sacré.

Il propose d’abord de changer un mot — un seul — à l’article 1 de la Charte canadienne des droits et libertés. En faisant référence à une « fédération libre et démocratique » plutôt qu’à une « société libre et démocratique », la Charte reconnaîtrait le fédéralisme asymétrique, estime le professeur.

Il propose aussi que la Charte évoque deux sociétés d’accueil, dont une francophone, pour assurer la prépondérance du français au Québec. Dernier morceau, et non le moindre, Guy Laforest insiste sur la reconnaissance du caractère distinct du Québec — qui avait fait échouer la dernière tentative de réconciliation nationale, l’accord du lac Meech, en 1990.

 

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Le Devoir | 2014 09 13 | Louis Cornellier | Le désespoir surmonté de Guy Laforest |

 

 

 

 

Le désespoir surmonté de Guy Laforest

 

 

13 septembre 2014 | Louis Cornellier | Livres

 

 

Guy Laforest voit le fédéralisme, s’il est bien expliqué, comme le modèle idéal pour assumer la cohabitation entre les majorités et les minorités dans les États plurinationaux.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Guy Laforest voit le fédéralisme, s’il est bien expliqué, comme le modèle idéal pour assumer la cohabitation entre les majorités et les minorités dans les États plurinationaux.
Un Québec exilé dans la fédération - Essai d’histoire intellectuelle et de pensée politique
Guy Laforest, avec la collaboration de Jean-Olivier Roy
Québec Amérique
Montréal, 2014, 280 pages

 

 


La situation est la suivante : insatisfait de son statut dans le Canada, le Québec refuse pourtant d’en sortir pour assumer pleinement sa souveraineté. Cette attitude du « ni dedans ni dehors » n’est pas nouvelle. En 1954, l’économiste Maurice Lamontagne la déplorait déjà. « La façon dont le Québec participe présentement à la vie de la fédération canadienne est telle, écrivait-il, que cette province subit les inconvénients de la fédération sans en retirer tous les avantages, et que le reste du Canada est empêché d’atteindre de nouveaux objectifs. »
 
La dernière portion de la phrase, aujourd’hui, n’est plus vraie. Élu sans l’appui du Québec, le gouvernement Harper ne s’embête plus des revendications de ce dernier à l’heure de modeler son Canada conservateur. Le début de la phrase de Lamontagne, cependant, reste juste, plus encore depuis l’échec des deux référendums québécois et depuis la réforme constitutionnelle de 1982.
 
C’est le constat que formule le politologue Guy Laforest dans Un Québec exilé dans la fédération, un essai costaud qui cherche une solution à l’impasse. « Il me semble évident,écrit le professeur de l’Université Laval, que les Québécois ont choisi de vivre, dans un avenir prévisible, leur quête d’identité et de liberté dans le Canada. Le Québec est dans le Canada pour de bon, sauf qu’il se reconnaît trop imparfaitement dans ses institutions. » Que faire, dans ces circonstances ?
 
S’accrocher au rêve de l’indépendance et continuer de se battre dans le but de convaincre nos compatriotes de son absolue nécessité pour préserver l’avenir du Québec français est-il une solution sage ? Nous sommes nombreux à le croire, à ne pas voir de solution de rechange valable à cette voie, même si la situation actuelle nous force à reconnaître le caractère hasardeux de notre résolution.
 
Autonomisme
 
Guy Laforest n’est pas de cette école. « Je me définis, écrit-il, comme un autonomiste et un patriote québécois, estimant aussi que les Québécois doivent retrouver le langage de la fraternité avec les autres Canadiens pour que nous puissions définir des projets communs pour le XXIe siècle. »
 
Laforest, en d’autres termes, en s’inspirant des Claude Ryan, André Burelle et Léon Dion, demeure un partisan du fédéralisme renouvelé. Il constate à longueur de pages le « déficit fédératif au Canada »,admet ne pas être « un citoyen heureux dans le Canada de la Charte », reconnaît « le fait que le Québec n’est pas intégré correctement dans le nouveau Canada qui a surgi depuis la réforme constitutionnelle de 1982 », mais il conclut néanmoins « que le Canada est un formidable succès à l’échelle de l’humanité » et qu’un fédéralisme bien compris demeure le modèle idéal pour assumer la cohabitation entre les majorités et les minorités dans les États plurinationaux.
 
Comme André Burelle, un brillant penseur qui fut longtemps conseiller de Pierre Elliott Trudeau et qui affirmait pratiquer le « désespoir surmonté » devant le rejet du fédéralisme idéal qu’il défendait, comme Claude Ryan, qui déplorait que le cadre constitutionnel et politique canadien ne reconnaisse pas adéquatement la situation particulière « de la société nationale distincte du Québec », mais qui refusait d’abandonner l’espoir d’un changement devant l’impasse, Laforest s’accroche au rêve d’un fédéralisme canadien satisfaisant pour le Québec et pour les autres.
 
Réforme
 
Théoricien raffiné des principes du fédéralisme et brillant analyste de tout le bazar constitutionnel canadien, Laforest, pour mettre fin à l’exil intérieur du Québec dans le Canada, propose une réforme constitutionnelle reposant sur trois changements.
 
Premièrement, suggère-t-il, l’article premier de la Charte canadienne des droits et libertés devrait référer à une « fédération libre et démocratique » plutôt qu’à une « société libre et démocratique ». Cela, explique-t-il, permettrait de renouer avec « l’esprit de 1867 » (fédéralisme multinational, ouverture à une asymétrie favorable au Québec), plus respectueux du fédéralisme que « l’esprit de 1982 » (« Canada one nation »).
 
Deuxièmement, il faudrait inscrire dans la Charte que « le Québec forme au Canada une société nationale distincte » et que « le gouvernement et l’Assemblée nationale du Québec ont l’obligation de protéger et de promouvoir une telle société ».
 
Troisièmement, l’article 27 de la Charte, qui porte sur le patrimoine multiculturel des Canadiens, devrait préciser que « ce patrimoine s’incarne au Canada dans les réseaux institutionnels de deux sociétés d’accueil, dont l’une, au Québec, décline sa vie sociale dans le respect du principe de la prépondérance de la langue française ».
 
Aux yeux d’un indépendantiste, cette proposition apparaîtra comme une énième poutine constitutionnelle vouée à l’échec et, de toute façon, insatisfaisante. Jouons, malgré tout, pour les besoins de la réflexion, le jeu et présumons qu’une majorité de Québécois se rallient à ces demandes.
 
Auront-ils des interlocuteurs ouverts au Canada anglais ? Y a-t-il un seul signe, ailleurs au pays, où l’esprit de 1982 a valeur de dogme, qui permet de le croire ? Même à l’approche des prochaines élections fédérales, alors que les partis canadiens cherchent à obtenir le vote québécois, nulle trace d’un signe de la sorte ne se pointe. Dans ces conditions, le désespoir surmonté des fédéralistes québécois prend de plus en plus l’allure d’une résignation déniée.

 

Guy Laforest voit le fédéralisme, s’il est bien expliqué, comme le modèle idéal pour assumer la cohabitation entre les majorités et les minorités dans les États plurinationaux.